La hausse des prix des produits alimentaires sur les marchés de Beni suscite des inquiétudes. Face à cette situation, l’ingénieur agronome Osée Mbahingana exhorte les agriculteurs à préserver les cultures vivrières, au lieu de privilégier excessivement les cultures pérennes, notamment le cacaoyer.
Enseignant à la Faculté des sciences agronomiques et environnementales de l’Université de l’Assomption du Congo de Beni (UAC-Beni), Osée Mbahingana estime que l’engouement pour la culture du cacao risque de reléguer au second plan la production des denrées alimentaires indispensables à la consommation quotidienne des ménages.
« La population semble être plus penchée vers la culture des cacaoyers et tout le monde a un champ de cacaoyers. Or, dans les principes agricoles, on devrait réserver une partie des terres aux cultures pérennes et une autre aux cultures vivrières. Les cultures vivrières restent d’abord les plus importantes, parce que nous devons toujours manger », explique-t-il.
Pour cet enseignant, il ne s’agit pas d’abandonner la culture du cacao, qui peut constituer une source de revenus pour les producteurs, mais plutôt de trouver un équilibre entre les cultures destinées à la commercialisation et celles qui assurent l’alimentation des familles. Il rappelle que la disponibilité des produits vivriers demeure essentielle pour approvisionner les marchés locaux et contribuer à la sécurité alimentaire.
Cet appel intervient dans un contexte marqué par la hausse des prix de plusieurs denrées de première nécessité dans la ville de Beni. Le kilogramme de farine de manioc, qui se vendait auparavant à 1 200 francs congolais, coûte désormais entre 1 800 et 2 000 FC. Le prix du kilogramme de haricots est également passé d’environ 2 000 à 5 000 FC, selon la qualité. D’autres produits alimentaires connaissent aussi une augmentation de leurs prix sur les marchés locaux.
Parmi les facteurs susceptibles d’expliquer cette situation, Osée Mbahingana évoque notamment l’insécurité dans certaines zones agricoles, qui perturbe les activités des producteurs, le manque de semences de qualité ainsi que la croissance démographique de la ville de Beni, qui entraîne une demande accrue en produits alimentaires.
Dans ces conditions, la préservation des cultures vivrières apparaît comme un enjeu majeur pour réduire la dépendance des ménages à l’égard des marchés et maintenir une offre suffisante de denrées alimentaires. L’enseignant agronome encourage ainsi les producteurs à consacrer une partie de leurs terres aux cultures vivrières, tout en poursuivant le développement des cultures pérennes susceptibles de leur procurer des revenus à long terme.
Pour lui, la complémentarité entre ces deux catégories de cultures constitue une voie importante pour concilier les intérêts économiques des agriculteurs avec les besoins alimentaires des populations.
À Beni, où la hausse des prix alimentaires pèse sur le pouvoir d’achat des ménages, cet appel relance la question de la place accordée aux cultures vivrières dans les choix de production agricole et de leur rôle dans la disponibilité des denrées sur les marchés locaux.
Milan Kayenga


