Une enquête menée par Kakule Kayenga Milan, dans le cadre de son mémoire de deuxième cycle en communication des organisations à l’Université Officielle de Semuliki, a révélé que la majorité des habitants de la ville de Beni exprime une certaine méfiance face à la proposition de révision constitutionnelle en République démocratique du Congo. Réalisée auprès de 100 répondants, cette étude menée en fin 2025, met en lumière l’influence du contexte sociopolitique local ainsi que du vécu quotidien des citoyens sur leurs perceptions.
Les enquêtés
L’échantillon de l’étude était composé de 63 hommes et 37 femmes. La tranche d’âge la plus représentée est celle de 31 à 45 ans (48%). Plusieurs catégories socioprofessionnelles y ont pris part, notamment des acteurs de la société civile (24%), des entrepreneurs indépendants (23%), des fonctionnaires (20%), des cultivateurs (19%) ainsi que des acteurs politiques (14%).
L’enquête a également intégré une dimension inclusive, avec 5% des répondants vivant avec un handicap physique. Cette diversité a permis de refléter de manière relativement fidèle les opinions locales sur la question de la révision constitutionnelle.
Perception de la réforme par les habitants
Les résultats indiquent que les sentiments dominants face à cette initiative sont l’étonnement (43%) et l’inquiétude (41%). En revanche, une minorité des répondants se déclare sereine (15%) ou joyeuse (5%).
Concernant l’appréciation de la proposition de révision, 62% des personnes interrogées affirment ne pas y être favorables, 33% restent sans position claire, tandis que seulement 5% expriment une opinion positive.
Par ailleurs, une part importante de la population considère que cette réforme n’est pas prioritaire (34%), qu’elle serait inopportune en période d’état de siège (22%) ou encore qu’elle n’aurait pas d’impact significatif sur la situation du pays (18%).
Interprétations et perceptions de la proposition politique
L’étude met également en évidence une perception critique des intentions politiques liées à cette réforme. Ainsi, 43% des répondants estiment que le Président semble insensible à la situation sécuritaire à l’Est du pays, tandis que 36% pensent qu’il chercherait à se maintenir au pouvoir.
D’autres opinions évoquent un gaspillage des ressources publiques (10%), contre 9% des participants qui considèrent que cette initiative viserait réellement l’amélioration du pays.
Globalement, 59% des habitants interrogés se disent opposés à la révision constitutionnelle, 35% affichent une forme de désintérêt et à peine 6% soutiennent le projet.
Les raisons d’une méfiance généralisée
Cette méfiance s’explique en grande partie par le contexte spécifique de la ville de Beni, marquée par une insécurité persistante et des crises humanitaires récurrentes. Dans ce cadre, les citoyens ont tendance à analyser les initiatives politiques en fonction de leurs préoccupations immédiates.
En outre, l’influence des médias locaux et des leaders d’opinion contribue à orienter les perceptions, souvent dans un sens critique. De nombreux habitants semblent ainsi attendre des actions concrètes en matière de sécurité et de développement socio-économique avant d’accorder leur soutien à une réforme constitutionnelle.
Que retenir de cette étude ?
Cette enquête met en évidence une population majoritairement critique et prudente face à la révision constitutionnelle. Elle souligne également l’importance de la confiance envers les institutions ainsi que le rôle déterminant d’une communication claire et adaptée pour favoriser l’adhésion citoyenne.
Si une minorité perçoit cette réforme comme une opportunité de modernisation, la majorité s’interroge sur son opportunité, sa pertinence et son impact réel dans le contexte actuel.
Recommandations
Au regard des résultats de cette enquête, il apparaît nécessaire que les autorités publiques renforcent la communication autour de toute initiative de révision constitutionnelle, en privilégiant la transparence, la pédagogie et l’écoute des préoccupations citoyennes. Il serait également opportun de prioriser les enjeux jugés urgents par la population, notamment la sécurité et les conditions socio-économiques, afin de restaurer la confiance.
Par ailleurs, l’implication des acteurs locaux, des leaders d’opinion et de la société civile dans le processus de sensibilisation pourrait favoriser une meilleure compréhension et une appropriation plus large de la réforme par les citoyens.
Rédaction
Source : Mémoire de deuxième cycle réalisé par Kakule Kayenga Milan en communication des organisations et défendu à l’UOS Beni