Beni : veuve et déplacée de guerre, Mahwa Kereta vit de la photographie depuis 35 ans

À l’occasion de la Journée mondiale de la photographie, célébrée chaque 19 août, Radio Moto Beni met en lumière le parcours remarquable de Kahambu Mahwa Kereta, une femme de 68 ans qui exerce la photographie depuis près de 35 ans. Veuve et déplacée de guerre, elle a fait de cet art son métier, mais surtout un moyen de subvenir aux besoins de sa famille et de reconstruire sa vie.

Originaire de Mutwanga, dans le secteur de Ruwenzori, en territoire de Beni, Mahwa Kereta a été contrainte de fuir son milieu de vie à cause des violences armées. Veuve et mère de famille, elle s’est installée à Beni-Mangothe avec ses enfants, où elle poursuit courageusement son activité.

« Je suis déplacée de guerre et veuve. Je vis à Beni-Mangothe actuellement avec ma famille. J’exerce dans la photographie depuis environ 35 ans. Avec cette profession, je suis en train de vivre avec mes enfants et j’ai construit ma maison », témoigne-t-elle.

Une photographie au service de sa famille

Depuis plus de trois décennies, Mahwa Kereta photographie des particuliers et couvre différentes manifestations. Portraits, photos de mariage, petits et grands formats, calicots et autres travaux liés aux événements : elle s’adapte aux besoins de ses clients.

« Je prends toutes sortes de photos : petit et grand format, calicot, photos de mariage et pour tout autre événement », précise-t-elle.

Malgré les difficultés auxquelles elle est confrontée dans l’exercice de son métier, cette sexagénaire refuse d’abandonner. Pour elle, la photographie lui a permis de conserver son autonomie et de prendre en charge sa famille. Elle est ainsi devenue bien plus qu’une simple activité professionnelle : une véritable source de dignité et de résilience.

Son parcours constitue également un témoignage de la capacité des femmes à s’imposer dans des métiers souvent considérés comme masculins.

« La profession de la photographie ne choisit pas le sexe. Les femmes peuvent également s’en sortir », affirme-t-elle.

Une femme qui transmet son savoir aux jeunes

Avec 35 années d’expérience, Mahwa Kereta a accumulé un important savoir-faire qu’elle souhaite transmettre à la nouvelle génération. Elle affirme avoir déjà formé plusieurs personnes et se dit prête à accompagner davantage de jeunes, particulièrement des filles désireuses de se lancer dans la photographie.

Elle considère ce métier comme une profession capable de faire vivre une personne lorsqu’elle est exercée avec sérieux, discipline et professionnalisme.

La photographe remercie par ailleurs les professionnels qui l’ont accompagnée au cours de son parcours.

« Je remercie tous les photographes qui me protègent. Grâce à eux, je suis en train de bien évoluer dans la profession », indique-t-elle.

Aux jeunes photographes, elle recommande de rester professionnels, de respecter leurs clients et d’éviter toute déviation susceptible de les exposer à des conséquences judiciaires.

À 68 ans, Mahwa Kereta continue donc de tenir son appareil photo avec fierté. Veuve et déplacée de guerre, elle a choisi de ne pas laisser les épreuves définir son avenir. Son appareil photo est devenu pour elle un outil de travail, d’indépendance et d’espoir.

Son histoire est aussi un message aux femmes et aux jeunes de Beni : même au milieu des difficultés, il est possible de se relever, d’apprendre, de travailler et de construire.

Milan Kayenga

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