Réunie vendredi 17 avril à Musienene (Lubero), les coordinations provinciales de la société civile du Nord-Kivu ont tiré la sonnette d’alarme sur la dégradation continue de la situation sécuritaire, humanitaire et économique dans la province. Elles appellent notamment à un allègement fiscal urgent pour soulager les opérateurs économiques durement affectés par la crise.
La société civile du Nord-Kivu a rendu publique une déclaration dans un contexte marqué par l’insécurité persistante et l’affaiblissement des activités économiques. Le document a été lu par Maître Pépin Kavota, président de la société civile urbaine de Beni et porte-parole de circonstance.
Dans cette déclaration, les forces vives dénoncent la persistance de l’activisme des Allied Democratic Forces (ADF) ainsi que les exactions attribuées aux rebelles du Mouvement du 23 mars (M23). Elles évoquent notamment des attaques contre les populations civiles, l’incendie de villages, l’occupation forcée de terres et l’installation d’administrations parallèles dans certaines zones.
La société civile déplore également les déplacements massifs de populations sans assistance adéquate, ainsi que la multiplication des conflits fonciers qui aggravent la vulnérabilité des communautés locales. À cela s’ajoute la pression fiscale jugée excessive, caractérisée par la prolifération des taxes et barrières dans les zones affectées par les conflits.
Face à cette situation, la société civile recommande au gouvernement de la République démocratique du Congo d’accorder un allègement fiscal en faveur des opérateurs économiques du Nord-Kivu. Selon elle, cette mesure permettrait de soutenir la résilience des entreprises locales et de relancer une économie fortement fragilisée par l’insécurité.
Au-delà de l’aspect économique, la déclaration appelle la communauté internationale à appliquer strictement les résolutions 2773 et 2808, ainsi qu’à sanctionner les acteurs impliqués dans les violences. Elle demande également une mobilisation accrue de l’aide humanitaire en faveur des populations affectées, tout en appelant à éviter tout soutien à ce qu’elle qualifie d’agression rwandaise.
La société civile exhorte par ailleurs la Cour pénale internationale à exploiter le rapport Mapping des Nations unies afin de poursuivre les auteurs présumés de crimes graves. Elle invite également l’Union africaine à renforcer son implication pour une paix durable dans la région des Grands Lacs.
S’adressant aux autorités nationales, elle recommande le renforcement des capacités des Forces armées de la République démocratique du Congo (FARDC), l’encadrement strict des groupes d’autodéfense Wazalendo et la mise en œuvre effective de la réserve armée de défense nationale. Elle plaide également pour une meilleure implication de la société civile dans l’évaluation des opérations conjointes FARDC-UPDF.
À travers cette déclaration, la société civile du Nord-Kivu met en avant l’urgence d’une réponse globale combinant sécurité, justice et mesures économiques, notamment l’allègement fiscal, afin de stabiliser durablement la province et soulager les populations.
Milan Kayenga