À Beni, dans la province du Nord-Kivu, l’Association des Enfants de Soldats au Front pour la Paix (ASESOFP) a adressé, le 27 novembre 2025, un mémorandum au gouverneur de province afin d’attirer son attention sur la situation critique des enfants et jeunes dépendants des Forces de défense et de sécurité. Cette démarche fait suite à une marche pacifique organisée en novembre dernier par ces enfants et jeunes, laquelle a été étouffée sans suite favorable, obligeant l’association à recourir à une interpellation formelle des autorités provinciales.
Dans ce mémorandum déposé ce mardi 23 décembre 2025 au cabinet du gouverneur, l’ASESOFP rappelle que les enfants de militaires et policiers figurent parmi les bénéficiaires du Plan opérationnel 2024-2028 du Fonds National de Promotion et de Service Social (FNPSS), dans l’axe consacré au relèvement social et économique des groupes vulnérables et des dépendants des forces de défense et de sécurité. Malgré ce cadre légal, la réalité vécue à Beni demeure alarmante. De nombreux enfants vivent sans abri, sans accès à l’éducation, sans ration alimentaire et sans activités génératrices de revenus, alors même que leurs parents sont engagés au front pour la sécurité du pays.
La crise éducative est l’une des préoccupations majeures soulevées par l’association. À Beni, plus de 5 000 enfants de militaires et policiers orphelins, déplacés ou en situation difficile ont été identifiés. Parmi eux, 1 312 sont inscrits à l’école primaire publique du camp de Mambango, une école dépourvue de pupitres, de matériel didactique et de salles de classe suffisantes, où les enseignants ne sont pas rémunérés et où aucun frais de fonctionnement n’est assuré. Environ 3 500 enfants restent totalement hors du système scolaire faute de places dans les écoles conventionnées et non conventionnées, tandis que 200 autres, inscrits dans des écoles privées, abandonnent progressivement les cours en raison du manque de frais scolaires et de fournitures.
Selon l’ASESOFP, cette exclusion expose les enfants à la mendicité, à l’insécurité et à diverses formes d’abus, avec un risque accru de violences sexuelles pour les filles. L’association plaide ainsi pour une prise en charge urgente de la scolarisation des enfants de militaires et policiers issus des zones sous occupation, des orphelins et des enfants en situation difficile.
À l’approche des festivités de fin d’année, l’ASESOFP attire également l’attention sur une autre réalité souvent passée sous silence. Contrairement à de nombreux enfants, ceux des militaires et policiers déplacés, orphelins ou issus de familles démunies n’ont aucun appui pour vivre ces moments de fête dans la dignité. Sans repas spécial, sans vêtements appropriés, sans encadrement social et parfois même sans abri, ces enfants traversent les fêtes de Noël et du Nouvel An dans une profonde précarité, pendant que leurs parents continuent de servir la Nation sur les lignes de front ou y ont perdu la vie. Pour l’association, cette situation renforce le sentiment d’abandon et de marginalisation chez ces enfants déjà traumatisés par le conflit.
Le mémorandum met également en lumière la précarité extrême des conditions de logement des familles de militaires et policiers déplacées, des veuves et des blessés de guerre. De nombreux enfants dorment à la belle étoile, exposés aux intempéries et à plusieurs dangers. L’ASESOFP sollicite la construction urgente d’abris ainsi que la fourniture de matelas, moustiquaires, bâches et tentes dans les camps.
Par ailleurs, l’association demande la canalisation d’une partie des fonds de l’effort de guerre en faveur des dépendants des forces de défense et de sécurité, en particulier lorsque les parents tombent au front. Elle recommande également que toute aide destinée à ces familles passe par leurs structures représentatives, mieux placées pour identifier les cas de réelle vulnérabilité.
L’ASESOFP sollicite en outre un appui financier pour la création d’activités génératrices de revenus en faveur des jeunes et enfants à risque, la dotation d’une moto pour faciliter les interventions dans les zones éloignées, ainsi que l’équipement du bureau en matériel informatique et fournitures essentielles. Elle appelle également au financement d’une campagne de sensibilisation des familles militaires sur l’éducation des enfants et les dangers de la délinquance juvénile.
Enfin, l’association demande la signature d’un arrêté provincial autorisant son fonctionnement provisoire, en attendant l’octroi de la personnalité juridique par le ministère de tutelle. Selon l’ASESOFP, cette reconnaissance administrative permettrait d’étendre légalement ses activités à travers la province du Nord-Kivu et de mieux coordonner l’assistance aux enfants de militaires et policiers.
À travers ce mémorandum, Serges LIWELA, coordonnateur de l’ASESOFP espère une réponse concrète des autorités provinciales et des partenaires sociaux afin que, même en période de fêtes, les enfants de ceux qui défendent la Nation ne soient plus oubliés.
Milan Kayenga