Beni : Jospin Kambale Mitimiti plaide pour un accompagnement durable des vainqueurs d’Ebola

À Beni, Jospin Kambale Mitimiti, étudiant en troisième année de licence (Bac 3) en psychologie clinique à l’Université de l’Assomption du Congo de Beni (UAC), s’est penché sur une problématique encore peu visible après la guérison de la maladie à virus Ebola. Dans son mémoire intitulé « Les déterminants des vainqueurs de la maladie à virus Ebola en post-projet de prise en charge : cas de la commune rurale de Mangina », il met en évidence la persistance de difficultés psychologiques chez certains survivants et plaide pour un accompagnement durable.

Son étude, menée auprès de huit vainqueurs de la maladie à virus Ebola issus de la dixième épidémie, montre que la guérison physique ne signifie pas nécessairement la disparition de toutes les conséquences de la maladie. Plusieurs participants continuent à présenter des manifestations compatibles avec une souffrance psychologique, notamment l’irritabilité, l’anédonie  caractérisée par une diminution ou une perte de la capacité à éprouver du plaisir, les difficultés de concentration et les troubles du sommeil.

Ces résultats soulignent ainsi la nécessité de dépasser une approche limitée à la prise en charge médicale de la phase aiguë de la maladie. Pour Jospin Kambale Mitimiti, les anciens vainqueurs d’Ebola doivent également bénéficier d’un suivi psychologique et social leur permettant de mieux faire face aux séquelles de leur expérience et de retrouver pleinement leur place au sein de la communauté.

Dans son plaidoyer, l’étudiant recommande notamment la mise en place ou le renforcement d’un accompagnement psychologique durable en faveur des vainqueurs. Il appelle également les autorités et les différents acteurs impliqués dans la réponse à Ebola à ouvrir davantage de possibilités d’accompagnement après la fin des projets de prise en charge.

Le chercheur invite, par ailleurs, les vainqueurs eux-mêmes à ne pas se sous-estimer et à ne pas considérer leur vécu comme une fatalité. Il interpelle également la communauté sur la nécessité d’éviter toute forme de stigmatisation ou de discrimination. Selon cette perspective, les anciens malades doivent être acceptés et considérés comme des membres à part entière de la société, au-delà de leur statut de survivants d’Ebola.

Une leçon pour la 17e épidémie

L’intérêt de cette recherche dépasse toutefois le seul contexte de la dixième épidémie. Elle met en lumière un enjeu qui devrait être pris en compte dans la réponse à la 17e épidémie de maladie à virus Ebola actuellement en cours dans la zone : l’accompagnement des futurs vainqueurs ne devrait pas s’arrêter au moment où le virus n’est plus détectable et où la guérison clinique est déclarée.

L’expérience documentée par cette étude rappelle que les conséquences psychologiques et sociales peuvent persister bien après la guérison. Les dispositifs de prise en charge de la 17e épidémie gagneraient ainsi à intégrer, dès le départ, un mécanisme de suivi post-Ebola permettant d’identifier et de prendre en charge les éventuelles difficultés psychologiques, sociales et communautaires auxquelles les vainqueurs pourraient être confrontés.

L’accompagnement devrait également inclure la sensibilisation des familles et des communautés afin de prévenir la stigmatisation et de favoriser la réintégration sociale des personnes guéries. Une telle approche permettrait de considérer le vainqueur d’Ebola dans sa globalité : non seulement comme une personne ayant survécu à une infection, mais aussi comme un individu ayant traversé une expérience potentiellement éprouvante sur les plans psychologique et social.

À travers son travail, Jospin Kambale Mitimiti rappelle donc que la fin de la maladie ne devrait pas signifier la fin de l’attention portée au survivant. Son plaidoyer ouvre ainsi une réflexion importante pour la réponse actuelle : les vainqueurs de la 17e épidémie d’Ebola devront eux aussi bénéficier d’un accompagnement durable, afin que la guérison médicale puisse véritablement s’accompagner d’un mieux-être psychologique et d’une pleine réintégration sociale.

Milan Kayenga

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